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dimanche 24 septembre 2017

No te quiero sino porque te quiero ...


Je t’aime parce que je t’aime et voilà tout
et de t’aimer j’en arrive à ne pas t’aimer
et de t’attendre alors que je ne t’attends plus
mon cœur peut en passer du froid à la brûlure.


Je ne t’aime que parce que c’est toi que j’aime
et je te hais sans fin, te hais et te supplie
et la mesure de mon amour voyageur
est de ne pas te voir, de t’aimer en aveugle.
Et si, lumière de janvier, tu consumais
ton rayon cruel, et mon cœur tout entier
me dérobant la clef de la tranquillité?






















En cette histoire je m’arrive qu’à mourir
et si je meurs d’amour, c’est parce que je t’aime
parce qu’amour, je t’aime, et à feu et à sang.


Pablo Neruda "la Centaine d'amour "




vendredi 22 septembre 2017

Le feu follet ...



Ce feu fantasque, insaisissable
Qui, dans l’ombre voltige et luit
Et qui, même pendant la nuit
Ni sur la mer, ni sur le sable
Ne laisse de traces après lui.

Ce feu toujours prêt à s’éteindre
Tour à tour blanc, vert ou violet
Pour reconnaître ce qu’il est
Il faudrait le pouvoir atteindre !
Atteignez donc un feu follet !

On dit que c’est chose certaine
Un peu d’hydrogène du sol
J’aime mieux croire qu’en son vol
Il vient d’une étoile lointaine
De
Wega, de la
Lyre ou d’Algol.


Mais n’est-ce pas plutôt l’haleine
D’un sylphe, d’un djinn, d’un lutin
Qui brille la nuit et s’éteint
Lorsque se réveille la plaine
Aux rayons joyeux du matin

Ou la lueur de la lanterne
Du long spectre qui va s’asseoir
Sur la chaume du vieux pressoir
Quand la lune blafarde et terne
Se lève à l’horizon du soir ?


Peut-être l’âme lumineuse
D’une folle qui va cherchant
La paix loin du monde méchant
Et passe comme une glaneuse
Qui n’a rien trouvé dans son champ !
Serait-ce un effet de mirage
Sur l’horizon déjà moins clair
Produit par un trouble de l’air

Ou, vers la fin de quelque orage
Le reste d’un dernier éclair ?



Est-ce la lueur d’un bolide
Véritable jouet icarien » ?
Qui dans son cours aérien
Etait lumineux et solide
Et dont il ne reste plus rien

Ou sur les champs dont il éclaire
D’un pâle reflet le sillon
Quelque mystérieux rayon
Tombé d’une aurore polaire
Triste et nocturne papillon ?



Serait-ce en ces heures funèbres
Où les vivants dorment, lassés
Le pavillon aux plis froissés
Qu’ici-bas l’ange des ténèbres
Arbore au nom des trépassés ?

Ou bien, pendant les nuits trop sombres
Lorsque le moment est venu
Est-ce le signal convenu
Que la terre, du sein des ombres
Envoie au ciel vers l’inconnu



Et qui, comme un feu de marée
Aux
Esprits errant à travers
Les vagues espaces ouverts
Indique la céleste entrée
Des ports de l’immense
Univers ?

Mais si c’est l’ardente étincelle
Qui sur son front porte l’Amour
Quand il parcourt le monde pour
Essayer de rencontrer
Celle
Qui doit le fixer sans retour




Prends garde à ton cœur, jeune fille
Et si tu l’aperçois là-bas
Laisse-le seul à ses ébats !

Oui ! prends garde ! ce feu qui brille
S’éteint vite et ne brûle pas !

Qui que tu sois, éclair, souffle, âme
Pour bien
I pénétrer tes secrets
O feu fantasque, je voudrais
Un jour m’absorber dans ta flamme
Alors, partout je te suivrais



Lorsque sur la cime des arbres
Tu viens te poser, souffle ailé
Ou, discrètement appelé
Lorsque tu caresses les marbres
Du cimetière désolé

Quand dans nos vieilles cathédrales
Tu viens parfois te frapper aux
Saints coloriés de leurs vitraux
Ou que des cryptes sépulcrales
Tu glisses hors des soupiraux



Lorsque vers minuit tu t’accroches
Aux ruines du vieux manoir
Qui domine les hautes roches
Et sur le ciel paraît tout noir

Ou quand tu rôdes sur les lisses
Du navire battu de flanc
Sous les coups de typhon hurlant

Et que dans les agrès tu glisses
Ainsi qu’un lumineux goéland !


Et l’union serait complète
Si le destin, un jour, voulait
Que je pusse, comme il me plaît
Naître avec toi, flamme follette
Mourir avec toi, feu follet !


Jules Verne " le feu follet "




lundi 4 septembre 2017

Il y a l'autre ...



Il y a l'autre dans un état où je sais que je ne pourrai jamais le rejoindre parce qu'il est abîmé - dans tous les sens du terme - dans un songe, dans une pensée, dans un amour ou dans une détresse qui n'est qu'à lui, qui n'est connaissable que de lui, et qui n'est peut-être même pas exprimable, et en même temps et c'est là où que j'éprouve ce qui de lui et de moi appartient à un socle commun, appartient à la même humanité. 
Je sais à ce moment là, que je suis fait comme lui, de la même matière. 
Perdue, exposée, faible ... et lumineuse, irradiante.

Christian Bobin " dialogue sur la solitude"



dimanche 20 août 2017

L'attente ...


Rien n'est plus délicieux que l'attente de ce qui paraît inéluctable.
Anne Bernard " le soleil sur la façade "


Nous pouvons vivre seuls, pourvu que ce soit dans l'attente de quelqu'un.
Gilbert Cesbron  / Journal sans date

L’attente est une chose complexe. 
On parcourt de très grandes distances, tout en restant parfaitement immobile.
Grazyna Jagielska / Amour de pierre



Derrière l'attente, il y a tout : la permission gratuite d'évoquer un beau visage ou de dialoguer avec une ombre.
Dominique Blondeau / Les Visages de l'attente

Dans l'attente on souffre tant de l'absence de ce qu'on désire qu'on ne peut supporter une autre présence.

Marcel Proust / A la recherche du temps perdu


jeudi 17 août 2017

Les Grands Espoirs ...




Montagnes derrière, montagnes devant
Batailles rangées d'ombres, de lumières
L'univers est là qui enfle le dos
Et nous, si chétifs entre nos paupières
Et nos coeurs toujours en sang sous la peau.















Faut-il que pour nous brûlent tant d'étoiles
Et que tant de pluie arrive du ciel
Et que tant de jours sèchent au soleil
Quand un peu de vent éteint notre voix
Nous couchant le long de nos os dociles ?







Viendront les géants tombés d'autres mondes
ils enjamberont les monts, les marées
Et vérifieront si la terre est ronde
Par dérision, de leurs grosses mains
Ou bien, reculant, de leurs yeux sans bords.














Jules Supervielle " descente des géants "



lundi 7 août 2017

Peut-être en vain ...




Royalement, — peut-être en vain, —
Car, hélas ! à l’heure qu’il est
J’ignore encor ce qui te plait
Je t’ai fait des cadeaux divins !

Sans que tu puisses t’en douter
Et comme un jardin pour les dieux
Mon cœur te situe au milieu
De tous mes immortels étés.

Et cependant que sous ton toit
Tu ne rêves peut-être à rien
Je vois d’un œil aérien
Ce grand ciel que j’ai mis sur toi…


Anna de Noailles  "royalement, peut-être en vain "