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mercredi 12 juillet 2017

Il était un grand nombre de fois ...


Il était un grand nombre de fois
Un homme qui aimait une femme
Il était un grand nombre de fois
Une femme qui aimait un homme
Il était un grand nombre de fois
Une femme et un homme
Qui n'aimaient pas celui et celle qui les aimaient.


Il était une fois
Une seule fois peut être
Une femme et un homme qui s'aimaient


Robert Desnos "conte de fée "




samedi 8 juillet 2017

Où sont tous mes amants ...




Comme des sourds-muets parlant dans une gare
Leur langage tragique au cœur noir du vacarme
Les amants séparés font des gestes hagards
Dans le silence blanc de l'hiver et des armes
Et quand au baccara des nuits vient se refaire
Le rêve si ses doigts de feu dans les nuages
Se croisent c'est hélas sur des oiseaux de fer
Ce n'est pas l'alouette O Roméos sauvages
Et ni le rossignol dans le ciel fait enfer



Les arbres les hommes les murs
Beiges comme l'air beige et beiges
Comme le souvenir s'émurent
Dans un monde couvert de neige
Quand arriva Mais l'amour y
Retrouve pourtant ses arpèges
Une lettre triste à mourir
Une lettre triste à mourir

L'hiver est pareil à l'absence
L'hiver a des cristaux chanteurs
Où le vin gelé perd tout sens
Où la romance a des lenteurs
Et la musique qui m'étreint
Sonne sonne sonne les heures
L'aiguille tourne et le temps grince
L'aiguille tourne et le temps grince


Ma femme d'or mon chrysanthème
Pourquoi ta lettre est-elle amère
Pourquoi ta lettre si je t'aime
Comme un naufrage en pleine mer
Fait-elle à la façon des cris
Mal des cris que les vents calmèrent
Du frémissement de leurs rimes
Du frémissement de leurs crimes

Mon amour il ne reste plus
Que les mots notre rouge-à-lèvres
Que les mots gelés où s'englue
Le jour qui sans espoir se lève
Rêve traîne meurt et renaît
Aux douves du château de Gesvres
Où le clairon pour moi sonnait
Où le clairon pour toi sonnait


Je ferai de ces mots notre trésor unique
Les bouquets joyeux qu'on dépose aux pieds des saintes
Et je te les tendrai ma tendre ces jacinthes
Ces lilas suburbains le bleu des véroniques
Et le velours amande aux branchages qu'on vend
Dans les foires de Mai comme les cloches blanches
Avant ah tous les mots fleuris là-devant flanchent
Les fleurs perdent leurs fleurs au souffle de ce vent



Et se ferment les yeux pareils à des pervenches
Pourtant je chanterai pour toi tant que résonne
Le sang rouge en mon cœur qui sans fin t'aimera
Ce refrain peut paraître un tradéridéra
Mais peut-être qu'un jour les mots que murmura
Ce cœur usé ce cœur banal seront l'aura
D'un monde merveilleux où toi seule sauras
Que si le soleil brille et si l'amour frissonne
C'est que sans croire même au printemps dès l'automne
J'aurai dit tradéridéra comme personne

Louis Aragon "les amants séparés "




jeudi 29 juin 2017

La vie n'était pas si vaste ...





Je me dis, la terre est brève— 
Et l'angoisse —absolue— 
Et nombreux —les blessés 
Mais, qu'importe? 
Je me dis, nous pourrions mourir— 

La meilleure vitalité 
Ne peut vaincre la déchéance 
Mais, qu'importe? 

Je me dis qu'au ciel— De toute façon, ce sera égal— 
D'après une équation nouvelle— 
Mais, qu'importe?
















J'étais morte pour la beauté, mais à peine 
Etais-je installée dans la tombe 
Qu'un autre, mort pour la vérité 
Fut mis dans une chambre à côté— 
Doucement il demanda «pourquoi j'étais tombée» 
«Pour la beauté», répondis-je— 
«Et moi, pour la vérité, c'est tout un— 
Nous sommes frère et sœur», dit-il— 
Et ainsi, comme des parents rencontrés la nuit 
Nous parlions d'une chambre à l'autre— 
Jusqu'à ce que la mousse atteignît nos lèvres— 
Et recouvrît —nos noms—


Si bien que je peux vivre sans— 

Je t'aime —alors est-ce si bien que ça? 
Aussi bien que Jésus? 
Prouve-le moi Que Lui —il a aimé les hommes— 

Comme moi —je t'aime—






Femme —je serai au point du jour— 
Soleil —as-tu un pavillon pour moi? 
A minuit, je ne suis qu'une jeune fille 
Comme ça va vite d'en faire une femme— 
Alors —minuit, j'ai passé loin de toi 
Vers l'est, et la victoire— 
Minuit —Bonne nuit! je les entends appeler 
Les anges se bousculent dans l'entrée— 
Doucement mon Promis monte l'escalier. 
Je bégaie la prière de mon enfance 
Si tôt ne plus être une enfant— Eternité, j'arrive — Monsieur 
Sauveur —j'ai déjà vu ce visage —avant!  



Je n'ai pas eu le temps d'haïr— 
Parce que La tombe m'aurait fait obstacle— 
Et la vie n'était pas si 
Vaste que 
Je pusse achever —l'hostilité— 
Je n'ai pas eu le temps d'aimer non plus
Mais puisqu'il 
Fallait bien quelque activité— 
Le petit labeur de l'amour— 
Ai-je pensé 
Me suffisait bien assez— 







Mien —par le droit de la blanche élection! 
Mien —par le sceau royal! 
Mien —par le signe dans la prison écarlate— 

Que les barreaux —ne peuvent cacher! 
Mien —ici —dans la vision —et le veto! 
Mien —par l'abrogation du tombeau— 
Titré —confirmé— 
Délirant privilège! 
Mien —aussi longtemps que le temps fuit! 

Emily Dickinson




jeudi 22 juin 2017

Je fais souvent ce rêve étrange...





















Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant 
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime 
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même 
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend. 




Car elle me comprend, et mon coeur, transparent 
Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème 
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême 
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant. 























Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore. 
Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore 
Comme ceux des aimés que la Vie exila. 
























Son regard est pareil au regard des statues 
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a 
L'inflexion des voix chères qui se sont tues. 

Paul Verlaine  "mon rêve familier " poèmes saturniens (1866) 




jeudi 15 juin 2017

La danse du baiser ...




Le cœur tremblant, la joue en feu
J'emporte dans mes cheveux
Tes lèvres encore tièdes.
Tes baisers restent suspendus
Sur mon front et mes bras nus
Comme des papillons humides.
Je garde aussi ton bras d'amant
Autoritaire enlacement
Comme une ceinture à ma taille.






Cécile Sauvage " le cœur tremblant, la joue en feu." 


lundi 22 mai 2017

Lorsque ...






Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête
Nous nous croirons encore de jeunes amoureux
Et je te sourirai tout en branlant la tête
Et nous ferons un couple adorable de vieux.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille
Avec de petits yeux attendris et brillants
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.


Sur notre banc ami, tout verdâtre de mousse
Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer
Nous aurons une joie attendrie et très douce
La phrase finissant toujours par un baiser.
Combien de fois jadis j'ai pu dire " Je t'aime " ?
Alors avec grand soin nous le recompterons.
Nous nous ressouviendrons de mille choses, même
De petits riens exquis dont nous radoterons.
Un rayon descendra, d'une caresse douce
Parmi nos cheveux blancs, tout rose, se poser
Quand sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse
Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer.









Et comme chaque jour je t'aime davantage
Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain
Qu'importeront alors les rides du visage ?
Mon amour se fera plus grave - et serein.
Songe que tous les jours des souvenirs s'entassent
Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens.
Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent
Et sans cesse entre nous tissent d'autres liens.
C'est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l'âge
Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main
Car vois-tu chaque jour je t'aime davantage
Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain.





Et de ce cher amour qui passe comme un rêve
Je veux tout conserver dans le fond de mon coeur
Retenir s'il se peut l'impression trop brève
Pour la ressavourer plus tard avec lenteur.
J'enfouis tout ce qui vient de lui comme un avare
Thésaurisant avec ardeur pour mes vieux jours
Je serai riche alors d'une richesse rare
J'aurai gardé tout l'or de mes jeunes amours !
Ainsi de ce passé de bonheur qui s'achève
Ma mémoire parfois me rendra la douceur
Et de ce cher amour qui passe comme un rêve
J'aurai tout conservé dans le fond de mon coeur.







Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants.
Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête
Nous nous croirons encore aux jours heureux d'antan
Et je te sourirai tout en branlant la tête
Et tu me parleras d'amour en chevrotant.
Nous nous regarderons, assis sous notre treille
Avec de petits yeux attendris et brillants
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.










Rosemonde Gérard "L'éternelle chanson "